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Alliance coopérative internationale - la finalité sociale plutôt que le profit

Article paru dans LE DEVOIR.com le 13 septembre 2010.

Alliance coopérative internationale - «La finalité sociale plutôt que le seul profit!»

             La crise actuelle souligne les limites de la formule capitaliste

Pierre Vallée, 11 septembre 2010, Actualités économiques

Cela fait belle lurette que le mouvement coopératif a développé ses antennes internationales. Mais la récente crise financière qui a plongé le monde entier en récession la rend encore plus nécessaire. En effet, plusieurs voient dans le mouvement coopératif une solution de rechange viable au modèle économique qui prévaut aujourd'hui sur la planète.

« L'Alliance coopérative internationale a été fondée à Londres en 1895, ce qui en fait une des plus anciennes associations internationales au monde», rappelle Felice Scalvini, président de la Confédération européenne des coopératives de production et de travail associé, des coopératives sociales et des entreprises sociales et participatives (CECOP) et membre du conseil d'administration de l'Alliance coopérative internationale (ACI).

« La récente crise économique a clairement démontré que le système économique actuel souffre d'un grave problème. C'est qu'il n'a qu'une seule formule et qu'une seule façon de faire: le capitalisme et l'entreprise privée. C'est comme la monoculture, elle finit toujours par s'autodétruire. On ne peut pas développer un marché avec seulement des entreprises privées. Il faut plutôt sauvegarder, diversifier et promouvoir la diversité entrepreneuriale. Sinon, on n'arrivera pas à conserver le développement qu'on connaît en Occident ni aider les pays en développement à rattraper leur retard économique.»

Autre constat tiré de la récente crise: «La crise a révélé la grande capacité de résilience du mouvement coopératif, et cela, dans tous les secteurs d'activité. En interrogeant les coopérateurs à la fin de la récession, on s'est aperçu que, si la crise n'avait pas été facile, leur situation dans l'ensemble était meilleure que celle des entreprises privées. C'est parce qu'ils avaient pu affronter la crise en s'appuyant sur la solidarité intérieure, contrairement aux entreprises privées.»

Un modèle d'entrepreneuriat différent

La raison de cette performance, selon Felice Scalvini, repose sur les fondements mêmes des coopératives. «Aujourd'hui, toute l'activité économique d'une entreprise privée vise uniquement les bons résultats financiers à court terme. Tout le management et la gestion visent ce but, et c'est d'autant plus vrai si l'entreprise est inscrite à la Bourse. Mais ce n'est pas ainsi que fonctionne une coopérative. La coopérative a pour but de donner des services, créer des emplois et soutenir le développement. Le modèle coopératif est basé sur la solidarité, l'égalité et la responsabilité sociale.»

Il tient aussi à souligner qu'il ne faut pas confondre la responsabilité sociale d'une entreprise privée avec celle d'une coopérative. «Pour l'entreprise privée, la responsabilité sociale rime trop souvent avec le marketing. Ce n'est pas le cas avec une coopérative, puisque la responsabilité sociale fait partie de sa raison d'être. En fait, on devrait plutôt parler, dans le cas des coopératives, de finalité sociale.»

C'est que la culture entrepreneuriale d'une coopérative diffère de celle d'une entreprise privée. «Tous les membres d'une coopérative en sont les propriétaires. Prenons par exemple une coopérative de vignerons. Ils auront une vision différente de leur entreprise de viticulture puisqu'ils sont à la fois propriétaires et travailleurs. Cette culture propriétaire de la coopérative fait en sorte qu'elle sera gérée différemment d'une entreprise privée. La priorité ne sera plus la même, soit celle du profit à court terme et à tout prix.»

Ce qui ne veut pas dire qu'une coopérative refuse la rentabilité et qu'elle est confinée à la portion congrue du marché. «Prenons le cas de Mondragon. Cette coopérative est devenue, avec ses 70 000 travailleurs, le cinquième groupe industriel en Espagne et le plus important groupe coopératif au monde.» Il cite aussi en exemple le Mouvement Desjardins, qui a su se tailler une place de choix dans le milieu financier québécois.

L'internationalisation du mouvement coopératif

D'où l'importance aujourd'hui accordée à l'internationalisation du mouvement coopératif. «La coopération internationale est une idée structurelle dans l'histoire des coopératives. Nous avons toujours cherché à créer des relations internationales entre coopérateurs. D'ailleurs, à l'ACI, nous regroupons les 300 plus grandes entreprises coopératives au monde. Nous cherchons à créer des liens et à établir des dialogues entre les entreprises coopératives. Mais, aujourd'hui, cette internationalisation sert aussi à promouvoir partout dans le monde l'émergence d'une activité économique et entrepreneuriale, peu importe sa forme juridique, basée sur la finalité sociale plutôt que le seul profit.»

Un entrepreneuriat appelé, selon Felice Scalvini, à se développer. «On le voit dans les pays en développement, comme en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Mais cette démarche entrepreneuriale se développe aussi dans les pays riches, notamment en Espagne, en France et au Royaume-Uni.»

Mais cette internationalisation du mouvement coopératif doit éviter les erreurs commises par les entreprises privées engagées dans la mondialisation de leurs activités. «Il ne s'agit pas d'internationaliser le marché. Lorsqu'une coopérative s'éloigne trop de son territoire et qu'elle se déplace vers d'autres cultures nationales, elle risque de se comporter comme une entreprise privée et d'oublier ses racines coopératives. Cette internationalisation du mouvement coopératif cherche plutôt à faire la diffusion du modèle coopératif afin que ce dernier prenne la place qui lui revient dans le développement économique mondial. Il s'agit de soutenir le développement de coopératives un peu partout dans le monde en créant des liens où les parties pourront échanger et profiter de l'expérience des autres. Il faut être en mesure de sauvegarder la spécificité du modèle coopératif, tout en étant été bien implanté dans les différents secteurs et marchés de l'économie mondiale. Il s'agit là du plus grand défi que le mouvement coopératif actuel aura à relever dans les années à venir.»

***

Collaborateur du Devoir